La mode féminine La Silhouette féminine On peut dire que la mode de la seconde moitié du XIXème siècle illustre la magnitude de l’Impératrice Victoria : plus elle gagne en importance, plus la taille de ses manches et de ses jupes deviennent démesurées. C’est la deuxième fois dans l’histoire de la mode que l’influence anglaise s’oppose à la mode française, par son austérité néanmoins ostentatoire. Cet oxymore prend tout son sens lorsqu’on compare les deux modes dominantes. En effet, comme au XVIIIème siècle avec l’opposition de la robe à l’anglaise et de la robe à la française , on observe une différence notable de la conception de l’élégance au XIXème siècle, opposant la mode Victorienne à la mode Empire. Ce sont deux grands exemples de l’influence d’une culture sur la mode d’une époque. Sissi, de son vrai nom Elisabeth de Witelsbach, est l’une des figures les plus importantes de cette période. En effet, son destin romanesque d’Impératrice d’Autriche et de reine de Hongrie a inspiré de nombreux films. On peut clairement dire que son style vestimentaire s’inspire principalement de la mode victorienne. On retrouve toutes les caractéristiques du costume dans une version royale inspirée directement des tenues époustouflantes de Victoria. Ce tableau du portraitiste de cour Winterhalter ne saurait prêter à confusion.
. 1840-1860 : la silhouette sablier et l’âge d’or de la crinoline
Dès 1840, les jupes étaient coupées en forme, c’est-à-dire avec peu de fronces à la taille et très évasées à l’ourlet, rappelant la forme d’une cloche. Les bustiers étaient légèrement plus longs que la taille normale et se terminaient en pointe. Les épaules étaient souvent découvertes, pour accentuer la forme de triangle du bustier. La silhouette, large aux épaules, fine à la taille et large à l’ourlet illustre à merveille la bien-nommée silhouette en sablier de l’époque, mise en valeur par le corset qui affine de plus en plus la taille. Les corsages étaient très décolletés, libérant la courbe de l’épaule et de la nuque, ce qui caractérise le mieux la silhouette romantique. La couture de l’emmanchure étant très basse, cela forçait les femmes à se tenir les bras le long du corps, donnant une stature très distinguées. Les épaules étaient très souvent recouvertes de passementeries, mettant en valeur cette courbe de l’épaule si gracieuse et caractéristique. Les manches pagodes étaient souvent bordées de nombreux volants rappelant les jupes à étages assorties. Les manches étaient plutôt bouffantes pour le soir mais très serrées pour les robes de jour. Les sous-vêtements se composaient d’un corset et de plusieurs couches de jupons à volants. Les jupons étaient faits en crin, parfois soutenu par un rembourrage supplémentaire. Les femmes portaient la capote, une coiffe souvent ornée de fleurs qui s’adaptait au reste de la tenue. ~~Galerie de robes 1840
Les années 1850 correspondent à l’apogée de la jupe à volants. Elles deviennent très populaires avec des modèles toujours plus ostentatoires. Les tissus utilisés pour confectionner ces robes sont conçus spécialement, souvent avec des coloris unis mettant en valeur le travail de flocage, de freppes ou d’accumulations de galons… Les ampleurs des jupes et des manches s’élargissent. Les jupes sont portées sur un nombre toujours croissant de jupons de crin superposés, encourageant les critiques et caricatures pour décrire ces femmes prisonnières de leur apparence. Les décolletés deviennent de plus en plus profonds, ce qui force les femmes à porter un corsage de gaze ou de coton sous le bustier, pour cacher la naissance des seins. Les corsages anglais étaient souvent recouverts de nombreux plis, masquant l’anatomie mais produisant un effet très décoratif, comme la robe à plis de Mina dansDracula. ~~ Galerie de robes en 1850
Et le plus remarquable est de penser que ces robes étaient vendues en kit, c’est à dire mi-confectionnées, laissant le soin aux dames de poser les volants selon leur goût en suivant une proposition de coupe sous la forme d’une figurine. Si vous voulez retrouver cette anecdote et bien d’autres, je vous invite à lire le livre Sous l’Empire des Crinolines dont vous pouvez lire ma chronique.
Les robes étaient souvent transformables ou présentaient deux bustiers, l’un pour le jour et l’autre pour le soir, plus largement décolletés et laissant les épaules dénudées. Un châle et des gants recouvrant l’avant-bras jusqu’au-dessus du coude complétaient alors la tenue.
En 1856, la crinoline cage remplace définitivement les jupons, qui étaient devenus si nombreux qu’ils ne soutenaient plus assez les nombreux et lourds drapés. Cette nouvelle structure permit de créer des jupes encore plus larges en soutenant des poids de tissus encore plus importants. Le bustier se transforme également. Il est souvent prolongé par une basque et ses manches pagodes sont froncées à la tête de manche et très larges au niveau du poignet.
Il est intéressant de constater que seules les femmes de la haute société continuaient à porter des superpositions de jupons car le tissu coutait très cher, alors que les femmes de condition plus modeste « trichaient » grâce à la portance des crinolines d’acier. Au début de son apparition, les riches niaient son usage mais finirent par l’accepter vers 1860. ~~Galerie de caricatures
Les corsets connurent un changement radical : d’abord, les bretelles disparurent, et surtout, leur construction en bandes verticales permit une vraie réduction du tour de taille, renforcé par le baleinage métallique (et non plus, ou rarement, en fanons de baleines), et des œillets métalliques (et non plus brodés main, plus fragiles). Le corset devient aussi plus pratique à enfiler grâce à l’invention du busc métallique à crochets, qui permet aux femmes de se vêtir seules. Vers 1860, le corset est très court, à la fois bas sur la poitrine (il couvre à peine les mamelons, et le sein se porte bas) et sur les hanches. Le corset 1860 décrit une forme de “vasque” caractéristique de cette époque. Vers 1882, le corset s’allonge. On utilise beaucoup de «goussets » (pièces triangulaires) pour la poitrine et les hanches. Les goussets sont souvent renforcés par un cordage qui ajoute une effet décoratif à sa fonction de contention. Parfois les goussets sont coupés dans des pièces d’élastique, matériau nouveau issus du caoutchouc. C’est la forme caractéristique du corset victorien.
Le buste s’allonge encore. C’est l’âge d’or du « busc cuillère », non plus droit mais arrondis comme le ventre. La couleur apparaît. Ce sont les corsets de cette période (la seconde moitié du XIXe siècle) qui se sont le plus imprégnés dans l’imaginaire collectif et viennent immédiatement à l’esprit quand on parle de corset – bien que ceux-ci aient pu prendre des formes très différentes à d’autres époques. Ils ont la fameuse forme «en sablie.>>
La mode masculine . De la redingote au smoking
Pendant les années 1840, les hommes portaient des redingotes étroites tombant à mi-mollet et des gilets à une ou trois rangées de boutons, se terminant souvent par deux pointes au niveau de la taille. Le mot est en fait la francisation de l’anglais « riding coat » ou « raining coat » (littéralement manteau pour monter à cheval ou manteau de pluie).
Pour les occasions plus formelles, un frac accompagnait un pantalon léger en journée; le soir, la queue-de-pie était de rigueur. Les chemises, à col bas, étaient faites de lin ou de coton. Comme la queue de pie, le frac se termine par des basques en pointe mais n’est pas court devant. C’est cette version qui a été très souvent utilisée par les gentlemen et dandys du XIXe siècle comme vêtement moins formel. Il était au départ un vêtement dédié aux loisirs, notamment à l’équitation. Le frac désigne également l’ensemble trois pièces composé d’une veste queue-de-pie, du pantalon et du gilet. Les vêtements passent d’une mode ajustée à une mode flottante, présentée comme de la négligence dans la presse. Les vestes étaient à grandes basques et à larges revers, le gilet élégant et brodé. Le pantalon se portait ample et couvrant les trois-quarts du pied. Les souliers se portaient indifféremment avec ou sans guêtres.
Une large cravate ou un foulard ainsi qu’un haut-de-forme étaient les principaux accessoires indispensables qui complétaient l’ensemble, mais d’autres accessoires sont caractéristiques de cette période parmi lesquels : lorgnon, binocle, canne, montre à gousset, boutons travaillés…
À partir de 1850, les hommes commencèrent à porter des chemises à cols hauts agrémentées de cravates nouées en nœud papillon. Les classes supérieures conservèrent leurs hauts-de-forme tandis que les classes moyennes adoptèrent le chapeau melon. La veste avait une coupe large et se portait avec une cravate blanche cachant jusqu’au col de la chemise. Le gilet était droit et discrètement orné aux boutons. Le pantalon peu large tombait droit sur une botte vernie. Le tout porté sous un petit manteau à larges manches ou une redingote courte. La décennie suivante vit l’apparition de cravates larges nouées lâchement et retenues par une épingle. Les redingotes raccourcirent aux genoux et une veste à mi-cuisse les remplaça pour les occasions peu formelles. La personnalité la plus emblématique du style est sûrement Lincoln, dont le haut-de-forme est aujourd’hui si célèbre. Au cours des années 1870, le costume trois-pièces se généralisa et le plastron fit son apparition. Fracs et vestes raccourcirent et le blazer se propagea comme tenue sportive et informelle. Le blazer devrait son origine à une inspection du navire HMS Blazer par la reine Victoria. Ces vestes auraient été spécialement créées pour sa venue et l’uniforme lui ayant plu, il fut reproduit sur d’autres navires. La tenue resta sobre mais gagna en ampleur. En ce qui concerne les accessoires, la cravate laisse place au nœud papillon mais le haut-de-forme est toujours de rigueur. Pendant toute la période, les hommes portaient les cheveux courts et, souvent, la moustache, la barbe et des rouflaquettes. Les visages rasés ne réapparurent qu’à la fin des années 1880. Chez les hommes, c’est l’apparition du smoking (1886) qui révolutionna la mode tout en gardant un côté sobre voir strict au costume. Le smoking doit son nom à son usage initial de veste pratique dans les fumoirs. En effet, l’absence de basque (ou queue-de-pie) évitait les risques d’incendie et était plus appropriée pour s’asseoir aux tables de jeu. Son usage comme habit de soirée ne date elle que de la Seconde guerre mondiale. Son invention reviendrait aux tailleurs britanniquesHenry Poole & Co pour Edward VII en 1860, mais c’est l’américain James Potter (il s’agit juste d’un homonyme du papa de Harry !) qui le popularisa en le portant au Tuxedo Park Country Club en 1886. Comme souvent dans l’Histoire du costume, le vestiaire féminin évolue plus fréquemment et rapidement que celui des hommes. Leurs tenues sont le fruit d’une quête de beauté, d’élégance, de désirs à assouvir, alors que les hommes cherchent le fonctionnel. Il exprime une position sociale plutôt qu’une humeur personnelle. Les évolutions du costume masculin s’adaptent aux mutations sociales et culturelles. Si vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous invite à lire mon article sur la mode masculine à la Belle Époque. ( Texte tirer du net )